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Webinaire MeridiE – L’IA en Pratique dans les Pays en Développement : Entre Promesses et Réalités

 

Webinaire MeridiE - L'IA en Pratique dans les Pays en Développement

Le récent webinaire de MeridiE, “IA en Pratique dans les Pays en Développement”, a réuni cinq experts aux profils variés pour décrypter l’un des sujets les plus importants de notre époque. Sous la présidence de Souad Abdewahed, chercheuse en sciences de l’éducation, nos intervenants — Anaël Yahi, Afef Abbassi, Zakaria Benhoumad, Mohsen Khlifa, et Lamiss Bekalti — ont exploré les multiples facettes de l’intelligence artificielle générative, en particulier dans le secteur de l’éducation. Des dynamiques du marché global aux perceptions des enseignants tunisiens, la discussion a révélé un paysage contrasté, rempli d’opportunités immenses mais aussi de défis bien réels.

Voici une synthèse des points clés qui ont marqué cette riche discussion, dans l’ordre de leur présentation.

 

 

  1. Décrypter le Marché de l’IA : Entre Opportunités et Vigilance (Anaël Yahi)

En ouverture, Anaël Yahi a offert un panorama clair et détaillé de l’écosystème de l’IA générative (IAG) et des grands modèles de langage (LLM). Il a présenté les différentes stratégies qui s’offrent aux organisations pour intégrer ces technologies :

  • Acheter (Buy) : opter pour des solutions prêtes à l’emploi comme des chatbots génériques ou des outils intégrés.
  • Fabriquer (Make) : développer ses propres solutions en s’appuyant sur des fournisseurs de cloud (hyperscalers), des API, ou même en hébergeant les modèles sur ses propres serveurs pour une sécurité maximale.

Lors des échanges, Anaël a également abordé les questions cruciales de cybersécurité et d’éthique. Il a rappelé que les “hallucinations” de l’IA sont des erreurs statistiques et non des actes de malveillance, soulignant l’importance de toujours garder un esprit critique. Pour les organisations, la vigilance est de mise : il est essentiel de privilégier des fournisseurs fiables pour la gestion des données sensibles et de maîtriser l’art du “prompt engineering” pour garantir des résultats pertinents.

  1. L’IA sur le Terrain : La Confusion des Enseignants Tunisiens (Afef Abbassi)

Plongeant au cœur de la réalité éducative, l’étude d’Afef Abbassi sur les enseignants tunisiens a révélé un paradoxe saisissant. Bien que 75,4 % des enseignants affirment avoir entendu parler de l’IA, une “confusion conceptuelle profonde” règne : beaucoup assimilent l’IA à des technologies classiques comme le vidéoprojecteur.

Les chiffres sont éloquents : seuls 13,1 % utilisent de véritables outils d’IA. Les freins sont structurels et profonds :

  • Manque de soutien institutionnel (57,4 %).
  • Infrastructures numériques défaillantes (42,6 % des écoles sans accès à Internet).
  • Absence totale de formation spécifique à l’IA.

Malgré ce décalage, 90 % des enseignants perçoivent l’IA comme un outil complémentaire et non comme une menace. La conclusion d’Afef est un appel à l’action : il est urgent de clarifier les concepts, de renforcer les infrastructures et de former les formateurs pour passer d’une simple connaissance symbolique à une véritable appropriation de l’IA.

  1. Le Défi : Des Données aux Décisions (Zakaria Benhoumad)

Face à ce constat de terrain, la présentation de Zakaria Benhoumad a offert un contraste saisissant, illustrant la puissance de l’IA lorsqu’elle est appliquée à des défis concrets. Il a abordé le défi de transformer les données brutes en décisions stratégiques rapides et efficaces. Il a comparé l’analyse traditionnelle, souvent riche en données mais pauvre en “insights”, longue et coûteuse, à l’approche par IA (API). Cette dernière agit comme un “analyste expert” instantané, offrant une vitesse inégalée (secondes, pas semaines), une accessibilité via le langage naturel, et des recommandations prescriptives.

La présentation a culminé avec un cas pratique éloquent : passer de la donnée brute à la recommandation stratégique en seulement 60 secondes. Zakaria a insisté sur le fait que l’IA est un “partenaire” puissant, mais que l’expertise humaine, notamment le “prompt” et le contexte, reste essentielle pour garantir la fiabilité des résultats. L’IA, loin de remplacer l’expert de terrain, lui confère une “superpuissance” analytique, accélérant considérablement le processus décisionnel.

  1. Vers l’Éducation Augmentée : L’IA, Nouveau Pilier de l’Enseignement (Mohsen Khlifa)

    Enchaînant avec une vision résolument tournée vers l’avenir, Mohsen Khlifa a positionné l’IA comme le nouveau pilier de l’enseignement supérieur. Il a soutenu que le modèle classique, basé sur la mémorisation de masse, est devenu obsolète face aux générations Z et Alpha, qui requièrent des approches personnalisées.

    S’appuyant sur des données prospectives (Skillco 2025), il a démontré que l’IA peut améliorer la rétention des connaissances de 35 % grâce à la personnalisation. Avec 86 % des étudiants qui utilisent déjà ces technologies, l’avènement des “agents enseignants IA” — capables de fournir un feedback individualisé 24h/24 et 7j/7 — semble inévitable. Pour Mohsen, l’enjeu n’est plus de savoir si nous devons adopter l’IA, mais comment le faire de manière à servir “l’épanouissement intellectuel de chaque apprenant”.

     

  2. Quand l’IA Atteint ses Limites : Le Défi de la Langue des Signes (Lamiss Bekalti)

Toute discussion sur l’IA doit aussi en reconnaître les limites. Lamiss Bekalti a exploré un domaine où ces dernières sont particulièrement visibles : la traduction automatique de la langue des signes. Après avoir testé plusieurs outils (dont ChatGPT et Hand Talk), son constat est sans appel : les technologies actuelles sont largement inadaptées.

Les problèmes identifiés sont multiples :

  • Manque de fiabilité et traduction mot à mot qui ignore la grammaire spatiale et visuelle.
  • Connaissance quasi nulle des spécificités culturelles, notamment de la langue des signes tunisienne.
  • Absence critique de bases de données visuelles validées pour entraîner correctement les modèles.

Lamiss a conclu sur l’irremplaçabilité de l’interprète humain, seul capable de saisir le contexte, l’émotion et la culture. Le futur de l’IA dans ce domaine passe impérativement par une collaboration étroite avec les communautés des malentendants pour développer des modèles réellement utiles et respectueux.

Conclusion : Vers une IA Responsable et Inclusive

Ce webinaire a dressé le portrait d’une révolution technologique à deux vitesses. D’un côté, une puissance d’analyse qui ouvre des perspectives inédites pour une éducation personnalisée. De l’autre, des défis immenses liés à la formation, aux infrastructures et à l’inclusion. La conclusion est claire : l’IA est moins un substitut qu’un partenaire. Son potentiel ne sera pleinement réalisé que si nous l’abordons avec vigilance, en investissant massivement dans le capital humain et en nous assurant que personne n’est laissé pour compte.

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