Pour une refonte de l’aide au développement de l’éducation
L’Association MeridiE, le 11 juin 2025
Des avancées depuis 2000
Depuis les années 2000, des efforts exceptionnels ont été réalisés dans le monde dans le cadre du programme « Education pour tous », résultant du forum de Dakar. De nombreux pays ont instauré la gratuité de l’école et les partenaires techniques et financiers ont mobilisé des financements et ont créé des outils financiers et techniques tels que le Partenariat Mondial de l’Education.[1]
Les courbes stagnent depuis 2015
Malheureusement, des données de Juin 2025 de l’UNESCO, montre que les courbes stagnent. 272 millions d’enfants dans le monde ne vont pas l’école, dont 13 millions dans les pays en guerre ou en crise.

Source : UNESCO, Juin 2025.
De plus, depuis le COVID, il a fallu orienter une partie des dépenses dans la santé.
Part du secteur de l’éducation par rapport à la santé dans l’APD sectorielle, 2002-2021.

Source : UNESCO.
Selon l’UNICEF, près des deux-tiers des enfants âgés de dix ans à travers le monde ne sont pas capables de lire ni de comprendre un texte simple.
Les financements ne sont pas suffisants, de nombreux projets ont des montants autour de 50 millions de dollars sur trois ans, soit le budget annuel de la ville de Chatou (30,000 habitants, France). Cela n’est pas assez dans les pays où la croissance démographique est forte. Les pays à faible revenus ne dépensent que 14 dollars par enfant (le prix d’un paquet de cigarettes en Europe).
Des réductions budgétaires de l’aide publique au développement
Ces derniers mois on a assisté à une réduction très importante des montants de l’Aide Publique au Développement (APD), notamment dans l’éducation. La Suisse a cessé son aide à l’éducation et les Etats-Unis (enfin Trump et Musk) ont fermé l’USAID. Ces aides ont des conséquences catastrophiques sur le terrain. Par exemple, “L’aide directe destinée au Soudan du Sud, réduite de 38 % cette année (2023 NDLR), laisse 27.000 enfants qui souffrent de malnutrition aiguë sans traitement.”
La France, le Royaume Uni, la Belgique ont aussi drastiquement baissé leurs budget de solidarités, au profit des dépenses militaires. La baisse est de 30 à 40% selon les pays. Seule l’Allemagne a maintenu ses budgets pour l’éducation. Tous ses pays se sont pourtant engagés en 1970 à consacrer 0,7% de leur PIB à l’APD.

Source : GEM report team à partir de plusieurs données.
Vers une refonte de l’APD
Ces réductions budgétaires, la fermeture de l’USAID associée aux critiques émises contre les agences de développement, notamment l’AFD, doivent amener à multiplier les efforts de réflexion critique sur l’aide publique au développement. C’est ce que fait ce blog depuis 2010.
Si bien sûr, nous condamnons ces réductions et leurs effets, on ne peut pas faire l’économie d’un bilan des mécanismes de coopération en éducation. Les responsabilités sont partagées entre acteurs internationaux, étatiques mais aussi de la société civile, qui ne fait pas assez entendre sa voix.
L’association MeridiE forme des propositions pour une refonte de l’aide au développement de l’éducation.
Pour un appui au développement efficace et durable
- Améliorer la transparence et le partage d’informations sur les projets d’aide. Développer de meilleurs outils de suivi et de divulgation publique, similaires à la base de données des projets de la Banque mondiale.
- Associer les enseignants, les élèves et les communautés locales à la conception des projets éducatifs. Cela permettrait de mieux répondre aux besoins réels et d’assurer une plus grande appropriation des réformes. Prendre en compte le contexte local et la demande sociale, au lieu d’importer des modèles externes tirés du néo public management.
- Favoriser les critères d’effet et d’impact, et réduire la communication et le plaidoyer dont l’impact sur les pratiques et les politiques éducatives n’est pas prouvé.
- Mieux prendre en compte les évaluations de programme, les leçons apprises et augmenter la réédition de comptes dans les agences de développement
- Renouveler les modes de partage de la connaissance en privilégiant les réseaux interpays, les contacts directs entre techniciens. S’inspirer des communautés des logiciels libres à cette fin, sans nécessairement passer par des séminaires coûteux.
Recommandations méthodologiques
- Utiliser la blockchain et d’autres technologies pour améliorer le suivi et la responsabilité de l’aide pour la certification des opérateurs ayant une gestion saine.
- Limiter le nombre d’études, de rapports, d’évaluation en privilégiant les études d’impact sur des projets pouvant être mis en oeuvre de manière réaliste et soutenable à l’échelle.
- Renforcer l’évaluation externe sur la base des critères de l’OCDE et UE, en particulier de la durabilité à long terme.
Rationaliser la gestion de l’aide
- Privilégier les financements en fonds commun ou multilatéraux plutôt que les projets bilatéraux.
- Réduire les coûts généraux élevés de fonctionnement des projets d’aide bilatérale.
- Rationaliser les dépenses de personnel des agences de développement en limitant le nombre de nouvelles initiatives et projets et en introduisant une part variable, sur résultats, dans la rémunération.
- Augmenter les salaires ou les primes de certaines catégories d’agents nationaux des ministères de l’éducation : inspecteurs, planificateurs, comptables, gestionnaires, évaluateurs… pour limiter la corruption et retenir les meilleures ressources humaines
- Dépolitiser le recrutement à des postes de gestionnaire de l’éducation.
- Rationaliser les per diem attendus qui faussent la mise en œuvre de l’aide.
- Procéder à des fusions ou des rapprochements d’associations pour éviter le morcellement, la multiplication des postes et frais de gestion et pour avoir une plus grande influence dans le débat public.
Si le sujet vous intéresse, nous vous recommandons quelque lectures. Vous pouvez aussi faire part de vos propositions en commentaires.
Bibliographie
-Auteur Pierre -Yves Vicens
-Éditions Gandall
L’auteur, doyen de l’association MeridiE, plaide pour la construction d’une école pour tous, dans une société inclusive et universelle. Dans cet essai il présente une analyse des apprentissages fondamentaux, tant pour les élèves ordinaires que pour les enfants à besoins particuliers. Il décrit les freins que rencontre l’enseignement aujourd’hui. Sa vision s’appuie sur le renouveau des pratiques délaissées et s’accompagne de préconisations à l’attention des décideurs et des acteurs de l’école, dont les parents.
– Auteur: Axelle Kabou
– Éditions L’Harmattan
– Résumé: Axelle Kabou remet en question les présupposés et les effets des politiques de développement en Afrique en examinant pourquoi ces initiatives ne semblent pas fonctionner et propose une analyse critique des dynamiques internes du continent.
– [Lien vers une discussion sur l’ouvrage](https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=5718)
- Je t’aide, moi non plus. La politique française de coopération.
– Auteur: Philippe Marchesin
– Maison d’édition: Karthala
– Résumé: Philippe Marchesin analyse la politique française de coopération avec les pays en développement. Il critique la dualité influence/solidarité et démontre que les intérêts de la France sont souvent prioritaires par rapport à l’aide véritable aux pays concernés. Il explore les différentes formes d’aide et le continuum de la primauté des intérêts français.
- La revanche des contextes. Des mésaventures en ingénierie sociale en Afrique et au-delà
– Auteur: Jean-Pierre Olivier de Sardan
– Editions Karthala
– Résumé: Cet ouvrage analyse les décalages entre les prévisions des projets de développement et leur réalisation concrète, particulièrement en Afrique. Jean-Pierre Olivier de Sardan met en lumière les stratégies locales face aux politiques de développement standardisées et plaide pour une meilleure prise en compte des contextes locaux et des normes pratiques.
- 5. Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity, and Poverty
– Auteurs: Daron Acemoglu et James A. Robinson
– Editions Crown Business
– Résumé: Les auteurs cherchent à expliquer pourquoi certaines nations sont prospères tandis que d’autres restent pauvres. Ils argumentent que les institutions économiques et politiques inclusives sont essentielles au développement économique et à la prospérité, contrairement aux institutions extractives qui favorisent l’élite au détriment de la majorité.
- 6. Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa
– Auteur: Dambisa Moyo
– Editions Penguin Books
– Résumé: Dambisa Moyo critique sévèrement l’aide internationale en Afrique, affirmant qu’elle perpétue la pauvreté et la dépendance plutôt que de promouvoir le développement. Elle propose des alternatives basées sur des solutions de marché et des politiques innovantes pour stimuler une croissance durable et autonome en Afrique.
[1] Nommé à l’époque Fast Track Initiative, jusqu’en 2009.



Bonjour, rendons hommage et crédit au site Devex, qui nous informe sur les évolutions de l’aide et a suivi le dossier USAID pour nous, voici un article fort intéressant sur les modèles de transfert financier, cash aid , il vous faut un compte pour accéder à l’article https://www.devex.com/news/amid-aid-cuts-the-future-of-cash-programming-hangs-in-the-balance-109944?